Le retour de la Loutre dans les Pyrénées centrales


© A. Bertrand Centre de Réintrodcution de la Loutre d'Europe - Unawhir - juillet 2006


Sommaire





Trace pas



Traces pas


Epreinte, Saint-Hippolyte,Charente-Maritime, Janvier 2007, © Alain Bertrand


Epreinte fraiche


Epreinte, Saint-Hippolyte,Charente-Maritime, Janvier 2007, © Alain Bertrand


Epreinte



Epreintes


Restes de grenouille "verte", Saint-Hippolyte,Charente-Maritime, Janvier 2007, © Alain Bertrand


Carnage grenouille "verte"


Restes de tanche, Saint-Hippolyte,Charente-Maritime, Janvier 2007, © Alain Bertrand


Carnage tanche


Restes d'écrevisse, Saint-Hippolyte,Charente-Maritime, Janvier 2007, © Alain Bertrand


Reste d'écrevisse



Carnage


Epreinte sur boule d'herbe, Saint-Hippolyte,Charente-Maritime, Janvier 2007, © Alain Bertrand


Boule d'herbe et épreinte


Epreinte sur boule d'herbe, Saint-Hippolyte,Charente-Maritime, Janvier 2007, © Alain Bertrand


Boule d'herbe et épreinte



Epreinte sur tas de sable



Reste d'une épreinte



Coulée très fréquentée !



Traces et indices


Ä Les traces de pas, voies


Les traces de pas de la loutre comme les voies sont dans de bonnes conditions très caractéristiques. Chaque patte possède cinq doigts munies de petites griffes. Les pelotes digitales sont réparties en éventail autour de la pelote plantaire et donnent à la trace une forme semi-circulaire. Le pouce situé très en arrière permet de distinguer les pattes droites des gauches.

Dans la grande majorité des cas les griffes marquent peu et le pouce est absent. Il en est de même pour la palmure qui figure sur bien des illustrations des traces de la loutre, celle-ci n'est visible qu'exceptionnellement lorsque le substrat est très meuble et de préférence argilo-sableux.

La taille des empreintes varie beaucoup avec le sexe et l'age des animaux. La plupart mesurent en moyenne 6 x 6 cm pour les pattes antérieures et 6 x 7,5 cm pour les postérieures. Dans le cas de grand mâles, Bouchardy cite pour les pattes postérieures des dimensions de 7,5 x 9 cm. Chez les jeunes individus elle n'excède pas 5 cm.

 

 

Si dans de bonnes conditions, les traces de pas de la loutre sont facilement identifiable, ce n'est malheureusement pas toujours le cas bien au contraire. Les traces de pas présentant quatre doigts par exemple si elles ne sont pas accompagnée d'épreintes sont souvent bien difficile à interpréter notamment en ce qui concerne les jeunes. Dans ce cas les risques de confusions avec la genette sont important. Pour les adultes, les risques de confusions avec les traces d'autres espèces existent également, avec le chien dans le cas des traces à quatre doigts et avec le blaireau pour celles qui en présentent cinq. C'est certainement pour cette dernière espèce que le risque de confusion est le plus grand. En 1985 alors que nous suivions une voie de blaireau sur une piste forestière des Pyrénées nous avons été fort surpris par une dizaine de traces de pas appartenant visiblement à la même voie mais qui placées dans un autre contexte ne nous auraient pas amené à la même conclusion quant à leur auteur !

 


Gave de Pau, amont du lac d'Argeles

Photos Philippe Lllanes, Parc National des Pyrénées


Ä Les épreintes


Il est bien peu de mammifères pour lesquels un vocabulaire spécifique existe pour décrire les fèces et en France seule la loutre fait l'objet de cette particularité. Il est vrai que les crottes, les épreintes, de la loutre sont bien caractéristiques tant de par leur aspect extérieur que par leur odeur.

Constituées des restes non digérés des proies noyées dans une substance muqueuse, elles servent également de support au dépôt des sécrétions des glandes anales qui peuvent faire l'objet d'un dépôt particulier (voir ci-dessous).

 

- Les épreintes sont en règle générale des petits amas informes de matière fécale. La taille, l'aspect extérieur, la couleur varient beaucoup. Les épreintes fraîches présentent un aspect huileux particulier. Les épreintes contenant de nombreux restes de mammifères apparaissent parfaitement formées et peuvent dépasser une longueur de dix centimètres. Il est alors possible de les confondre avec des crottes de petits carnivores (fouine, putois et genette) non torsadées. Si l'aspect extérieur de ces épreintes, peut prêter à confusion, leur odeur reste bien caractéristiques et suffit à lever le doute.

- Les épreintes constituent l'indice de présence de la loutre le plus sûr en raison d'une part de sa constance dans les régions à "forte densité" et de l'absence presque totale de confusion avec les fèces d'autres animaux et d'autre part de l'abondance des dépôts dans biens des secteurs fréquentés par la loutre. Toutefois, il convient de ne pas conclure hâtivement à l'absence de la loutre là où elle ne dépose pas d'épreintes. En effet, nous avons pu constater bien des exceptions sur des secteurs très fréquentés et où la densité des épreintes est très faible.

Il apparaît important de distinguer des absences temporaires et des absences spatiales de dépôt d'épreintes.

Sites de dépôts des épreintes - En règle générale, les épreintes sont déposées soit sur des pierres, troncs, etc. émergeant des cours d'eau soit dans les premiers mètres de la berge. Toutefois, il est possible de les rencontrer très loin de l'eau, notamment dans les coulées d'accès au gîte ou celles qui coupent des méandres.

Tous les supports peuvent être envisagés y compris les bouses de vaches et les chenilles de bulldozer !

 

Ä Les sécrétions muqueuses


Les sécrétions des glandes anales qui sont déposées sur les épreintes le sont également séparément dans des conditions qui ne sont pas encore très précises. Leur identification est aisée en raison de leur odeur qui est très proche de celle des épreintes ; par contre leur découverte est souvent plus difficile. Leur aspect extérieur est souvent celui, informe, des épreintes. Les sites de dépôts sont les également les même.

 

Ä Les Boules d'herbes marquées d'épreintes


 


Ecailles de barbeau - Agly, Rivesaltes (octobre 2007)


 

Ä Les restes de proies - carnages


La découverte de carnages (restes de gros poissons) est pour bien des naturalistes et autres pêcheurs synonyme de présence de la loutre. Broekhuizen (1985) a montré, à partir d'observations réalisées en captivité qu'il était très difficile sinon impossible de différencier les carnages de la loutre de ceux du rat surmulot. En aucun cas la découverte d'un carnage ne doit être attribué par défaut à la loutre et en l'absence d'autres indices il convient être très circonspect. Mais cela peut être une incitation à rechercher plus attentivement.

En 1982 et 1983, en réalisant quelques expériences sur le marquage du territoire et notamment sur le choix des sites de dépôt d'épreintes, j'ai pu constater que l'introduction d'un squelette de grande taille (carpe) sur un secteur fréquenté quotidiennement par la loutre provoquait un dépôt d'épreintes sur le squelette très rapidement (au bout de 2 et 6 nuits pour les deux tentatives).

Non seulement, le carnage n'est pas un indice suffisant de présence, mais même un carnage sur lequel des épreintes ont été déposées, ne peut pas toujours être attribué avec certitude à la loutre !

 

Ä Les pistes, les coulées, les toboggans, les places de ressuies, etc.


La meilleure période pour localiser les places de ressuie est l'hiver, en matinée juste après une gelée blanche. L'herbe piétinée devient noirâtre et l'on est alors surpris du nombre de ces lieux.

 

Ä Du bon usage des indices


 

Absence temporaire de marquage

Des secteurs régulièrement "marqués" peuvent temporairement ne plus faire l'objet de marquage. Ce sont :

- les secteurs d'élevage des jeunes durant la période où ceux-ci sont encore dans la cattiche. Le nombre d'épreintes diminue considérablement. Il semble que la femelle dépose ses épreintes dans l'eau et non plus sur les berges et que les autres individus présents sur le site ou à proximité en fassent de même.

Les secteurs soumis à une forte fréquentation humaine. Ce cas se produit dans de nombreux secteurs au printemps et en été, période durant laquelle les pêcheurs sont très nombreux. Dans ce cas il semble souhaitable de distinguer deux types de milieux Les secteurs de marais totalement déboisés et les secteurs présentant une végétation palustre et arbustive plus ou moins importante. Dans le premier des cas la grande majorité des sites de dépôts sont désertés et le nombre d'épreintes déposées diminue très sensiblement bien que le secteur soit toujours fréquenté régulièrement par les animaux comme le montre les observations d'autres indices de présence (traces de pas par exemple). Dans le second cas on assiste à un déplacement des sites de marquage qui dans la grande majorité des cas deviennent extrêmement difficiles à détecter ronciers et roselières par exemple.

Absence spatiale de marquage

En Charente-Maritime, région de basse altitude, les bassins versants sont souvent vaste et il existe entre les parties amont des différents cours d'eau des hiatus importants (de 5 à 10 km). En Aunis et en Saintonge du nord, ces hiatus sont généralement occupés par des plaines déboisées et intensivement cultivées. Le dépôt d'épreintes a une fonction de communication fondamentale entre les individus d'une population. L'absence de contacts entre différentes populations ou individus entraîne une forte diminution voir l'absence totale du dépôt d'épreintes. Ce phénomène est semblable à celui qui affecte les secteurs où se maintiennent des populations de loutre très faible (cas des Pyrénées centrales, Bertrand, 1989).

 

Ä Bibliographie


Guía de indicios de los mamíferos - Nutria - Galemys 2003

 

 


Vicdessos, avril 2006 © Alain Bertrand

Vicdessos, avril 2006 © Alain Bertrand

 

Site de dépôt et épreinte - vallée de Vicdessos, avril 2006-

 

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© Alain Bertrand, Conservatoire Régional des Espaces Naturels de Midi-Pyrénées, 2006