Le retour de la Loutre dans les Pyrénées centrales


© A. Bertrand Centre de Réintrodcution de la Loutre d'Europe - Unawhir - juillet 2006


- Sommaire -


Ä Loutre, chair ou poisson ?

Ä Répartition et systématique

Ä Caractéristiques

Ä Sens, communication, vie sociale

Ä Milieu de vie et territoire

Ä Rythme d'activité

Ä Régime et comportement alimentaire

Ä Reproduction

Ä Développement des jeunes

Ä Structure et dynamique des populations

ÄSituation et avenir

 

- Anthologie de la Loutre -


ÄGaston Phoebus - Du loutre et de toute sa nature.

ÄGaston Phoebus - Comment on doit prendre et chasser la loutre.

ÄLa Maison Rustique - Distinction de ce qui est chair ou poisson.

ÄLa Maison Rustique - Des ennemis de l'étang

ÄBuffon - La loutre.

ÄBuffon - première addition à l'article de la loutre.

ÄBuffon - deuxième addition

ÄBuffon : extrait de Daubenton


La Loutre

Lutra lutra

 

 © Marie-Claude Guérineau

Extraits de :

Histoire naturelle des Carnivores de France. Une anthologie. 

Jean Meloche - Illustrations Marie-Claude GUERINEAU. Méloé Edition, 1996 - pages 103-126.

Une version imprimable en PDF est en préparation.
Merci à Jean et Marie-Claude de m'avoir autorisé à reproduire leur travail.


Loutre, chair ou poisson ?


Comme on le verra dans l'anthologie une question importante à propos de la loutre aura été de savoir si on pouvait en consommer la chair en carême. Cette ambiguïté de l'animal amphibie, « moitié chair, moitié poisson » est évoquée par Shakespeare.

De quelques régions nous viennent des expressions liées à la loutre : « Paresseux comme une loutre » en Haute-Garonne, «Vexé comme une loutre» en Berry, «Gras comme une loutre » dans la province de Liège. Loutre a longtemps été masculin, un loutre désignait un manchon ou une casquette en peau de cet animal.

Des ceintures et des sacs en peau de loutre sont utilisés à l'occasion de rites initiatiques, aussi bien en Afrique qu'en Amérique du nord. Un chant mortuaire roumain évoque son rôle de conducteur des âmes :

Car la loutre sait

L'ordre des rivières

Et le sens des gués

Te fera passer sans que tu te noies

Et te portera

Jusqu'aux froides sources

Pour te rafraîchir

Des frissons de mort.

 

Répartition et systématique


L'aire de répartition de la loutre comprend l'Europe et l'Asie jusqu'au Japon. Elle est également présente en Afrique du nord. En Amérique du nord elle est remplacée par une espèce très voisine, la loutre du Canada, Lutra canadensis.
Au gré des classifications, le genre Loutre se découpe en 9, 13 ou 19 espèces; en ce qui concerne les sous-espèces, la situation est encore plus embrouillée. 


 

Caractéristiques


Son anatomie présente un certain nombre d'adaptations à l'activité aquatique. Tout d'abord sa forme, qui facilite la pénétration dans l'eau, grâce à une tête aplatie, un cou massif, une queue longue et effilée, forte à la base. Toutes les transitions sont progressives, les aspérités gommées: les pattes sont courtes, les oreilles petites. En plongée, les narines et les oreilles se ferment, le cristallin se déforme pour s'adapter à la vision aquatique. Les doigts, aux griffes courtes, sont reliés par une membrane qui rend le mouvement des pattes plus efficace quand la loutre nage en surface.
En plongée, les pattes sont plaquées le long du corps et la propulsion s'effectue par des ondulations verticales de tout le corps. Le pelage est imperméable et les poils de bourre retiennent une couche d'air qui assure une protection thermique. A terre, en raison de ses membres courts, elle paraît un peu pataude.

 

 

 

C'est dans l'élément liquide que se révèlent sa grâce et son agilité. Le temps de plongée moyen est de 20secondes. Une durée de 50secondes apparaît comme un maximum bien que la littérature fasse mention de plongées de 4 minutes.
A partir de 127 spécimens, Christian Bouchardy établit la taille moyenne à 1,05m pour les femelles et 1,24m pour les mâles et leurs poids moyens respectifs à 7,6kg et 9kg. Certains mâles atteignent 11kg dans la nature et jusqu'à 23kg dans la littérature cynégétique. La loutre adulte a 36 dents. Elle peut vivre jusqu'à l'âge de 15 ans.

 

Sens, communication, vie sociale


Les loutres vivent solitaires. La communication sonore paraît assez peu diversifiée et la plupart des auteurs décrivent la loutre comme un animal plutôt silencieux. Le cri le plus fréquent est un sifflet aigu, bref, que Robert Hainard dit ressembler au cri de l'accenteur mouchet. Elle chuinte quand elle est effrayée ou qu'elle menace. Les petits font entendre une sorte de gazouillis quand ils ont envie de téter leur mère.
Le marquage du territoire se fait par le dépôt d'épreintes qui sont imprégnées d'une substance gélatineuse, émise par les glandes anales.


Milieu de vie et territoire


La loutre est susceptible de s'établir dans tous les milieux aquatiques, rivières, étangs, lacs, marais, où elle trouve de quoi se nourrir. Elle a une préférence pour les eaux calmes, les rivières assez larges, à courant lent. Elle est également présente en bord de mer sur des sites où elle n'est pas dérangée.
Après une phase de dispersion et de vagabondage, les jeunes finissent par trouver un territoire et par l'occuper de façon durable. L'étendue du domaine vital a été évaluée grâce au pistage dans la neige, au relevé des épreintes et au suivi d'animaux équipés de colliers émetteurs, cette dernière technique apportant, en plus, des informations sur l'activité de l'animal. Les résultats obtenus varient en fonction des ressources du milieu, de l'âge et du sexe des animaux, et... de la durée pendant laquelle le collier émetteur a bien voulu fonctionner. Un territoire de 2 à 3000 hectares, dans lequel l'animal dispose de 20 à 30kilomètres de cours d'eau donne un ordre de grandeur du domaine de la loutre. Les mâles endurcis ont des territoires plus étendus qui recouvrent en partie ou en totalité celui d'une ou de plusieurs femelles. Très souvent le «propriétaire» n'exploite de façon régulière que certains secteurs de son domaine.
Sur son territoire, la loutre utilise de nombreux sites de repos. Dans les endroits très calmes, ce sont de simples couches à ciel ouvert, établies dans la végétation des rives. Ailleurs, il s'agit de caches, sous un arbre tombé, dans un roncier, un tas de branchages... La catiche est l'endroit où l'animal se sent le plus en sécurité. Son accès est souvent situé au-dessous du niveau de l'eau. La chambre de repos se trouve entre les racines d'un gros arbre ou au coeur d'un amas de roches. Elle est située au-dessus du niveau des hautes eaux et comporte une «cheminée» d'aération et parfois une «sortie de secours» débouchant à l'air libre. Il se dégage de la catiche une puissante odeur de poisson pourri qui a, bien des fois, coûté la vie à son occupant. La loutre sait creuser, mais elle utilise le plus souvent le terrier d'un autre animal, par exemple celui du ragondin. Parfois elle s'éloigne de la rivière pour s'installer dans un terrier de blaireau ou de renard qu'elle peut partager avec l'occupant.
 

 

Rythme d'activité


La loutre consacre plus de la moitié de son temps au repos, qui est pris de jour, dans une couche à ciel ouvert ou dans un terrier, parfois dans la catiche. L'activité nocturne, qui peut être entrecoupée de phases de repos, est consacrée aux déplacements, à la recherche de nourriture, au marquage du territoire. Avant le départ et après le retour, on observe une phase d'activité au gîte qui peut durer assez longtemps±de quelques minutes à une heure. Quand la femelle a ses petits elle revient à la catiche beaucoup plus tôt.
 

Régime et comportement alimentaire


La collecte des épreintes et l'étude des restes qu'elles contiennent permettent de connaître le régime alimentaire de la loutre. Le poisson en est l'élément essentiel. Elle exploite toutes les espèces présentes dans le milieu mais tire la plus grande partie de sa subsistance d'une espèce principale (ou d'un groupe d'espèces) qui constitue tout au long de l'année la base de son alimentation. Les loutres de Bretagne se nourrissent principalement de truites, celles du Marais Poitevin d'anguilles.
Le gel intense, les inondations peuvent priver la loutre de ses proies favorites. La part des proies secondaires, comme les mammifères ou les oiseaux, augmente alors de façon sensible. Elle sait également profiter de l'abondance des batraciens au moment de leur reproduction. Notons au passage que la loutre dépouille les crapauds dont elle ne consomme que les cuisses et le ventre. Les écrevisses, les baies, telles les myrtilles, sont également appréciées.
Sur les petits cours d'eau la loutre accule ses proies dans les cavités des berges. En eau profonde, elle attaque par en dessous, profitant du fait que les poissons ont un champ visuel réduit vers le bas. Ses grandes vibrisses, d'environ 20cm, favorisent le repérage des proies en eau trouble.


Reproduction


La maturité sexuelle intervient à 2 ou 3 ans. L'âge le plus précoce observé en captivité est de 17 mois pour les mâles et de 24mois pour les femelles. La période de reproduction se situe à n'importe quel moment de l'année. Au début du rut, le mâle accompagne la femelle dans ses déplacements nocturnes. Celle-ci se montre d'abord très agressive, chuinte et menace de le mordre quand il essaie de s'approcher. En captivité on a observé des poursuites et des ébats aquatiques prenant allure de jeu, qui, peu à peu, permettent à la femelle de décharger son agressivité. Quand elle devient consentante, elle se laisse flotter à la surface de l'eau et relève la queue en arceau. Le mâle l'agrippe par les reins et se maintient en lui prenant le cou entre ses mâchoires. La copulation dure de 10 à 20 minutes. La gestation est d'environ 60 jours.
 

Développement des jeunes


La mise bas a le plus souvent lieu dans une catiche, plus rarement à l'air libre. Les deux ou trois petits naissent aveugles. Ils sont pourvus d'une fourrure grise. La mère les allaite 4 à 5 fois par jour. A un mois les jeunes pèsent de 700 à 800g. Quand ils vont à l'eau pour la première fois, vers l'âge de 3 mois, certains loutrons montrent une réelle aversion pour l'élément liquide.
 

Structure et dynamique des populations


A la fin de la deuxième année il ne reste que 15% de la population initiale de jeunes. La moitié meurt dans le courant de la première année.
 

Situation et avenir


Au début du siècle la loutre était présente dans toute l'Europe. Aujourd'hui, les seuls pays qui ont conservé des populations à peu près intactes sont l'Irlande, l'Ecosse, le Portugal et l'Albanie. En France elle était présente dans tous les départements, à l'exception de la Corse. A partir des années trente, on observe un déclin général. Aujourd'hui les dernières populations de loutres se trouvent sur la façade atlantique et dans le Centre.
 

Les zones humides

Les générations futures qui auront à restaurer les écosystèmes que nous avons détruits disposeront avec la loutre d'un excellent indicateur de la qualité des milieux aquatiques. Elle est exigeante en ce qui concerne la qualité et la diversité biologique. De plus, comme tous les prédateurs, elle est sensible aux effets d'accumulation des pesticides tout au long de la chaîne alimentaire. Son déclin depuis le début du siècle, témoigne de la destruction et de la pollution de son habitat.
La conquête de zones humides jugées insalubres est déjà attestée au Moyen Age. Au XVIIe siècle Henri IV fait appel aux Hollandais pour l'assèchement du golfe des Pictons, le futur Marais Poitevin, et du Marais Vernier, dans l'estuaire de la Seine. Ces travaux se poursuivent jusqu'à notre époque, avec plus ou moins d'ampleur, selon la situation politique.
Au début du siècle les marais étaient submergés pendant la période hivernale. Ils jouaient un rôle de régulateurs des crues et retenaient les éléments fertilisants apportés par les sédiments. Ils faisaient également office de gigantesques stations d'épuration naturelles et restituaient peu à peu une eau de qualité qui allait nourrir les estuaires. Un importante production agricole, basée sur l'élevage, non seulement ne nuisait pas à la faune, mais au contraire contribuait à diversifier le milieu.
A partir des années soixante se met en place une politique de maîtrise de l'eau, basée sur le drainage, qui encourage les agriculteurs à s'orienter vers les cultures industrielles. Avant 1970 on drainait moins de 1000 ha par an en France. En 1982 on était passé à 135000ha par an. Au total 2,5millions d'hectares avaient été drainés en 1991.
Cette politique a des effets néfastes qui sont maintenant bien connus: inondations destructrices, pollution de l'eau et des sols par les pesticides, mise en péril, à plus ou moins long terme, des activités conchylicoles des estuaires, atteintes à la faune et à la flore. Le développement de l'irrigation qui partout accompagne le drainage aboutit dans plusieurs régions à la mise à sec des cours d'eau ruinant tout un secteur de l'économie.
Il n'est pas sans intérêt de constater que cette politique a été mise en place après la convention qui s'est tenue à Ramsar en 1971, par laquelle les états signataires reconnaissaient la grande valeur des zones humides. LaFrance attendra 1982 pour apposer sa signature et 1986 pour prendre la première mesure concrète: la désignation de 85000ha en Camargue comme zone humide française d'intérêt international.

 

 

ANTHOLOGIE DE LA LOUTRE


 

GASTON PHŒBUS

Du Loutre, et de toute sa nature


 

Loutre est assez commune beste, elle mange poissons, et demeure environ les rivières et estangs. Elle demeure dessous les racines des arbres près des rivières. Elle mange comme une autre beste faict les herbes seulement au printemps, et va aux poissons, comme dit est. Elle nage par dessus les rivières, et par dessous quand il luy plaist, et pour ce ne luy peuvent eschapper nuls poissons que ne prenne, s'ils ne sont trop grands. Elle fait grand dommages es viviers et estangs : car une paire de Loutres sans plus, destruiront bien de poissons un grand vivier et estang, et pource les chasse on.

 

Elles vont en leur amour au temps que font les furons, chascun qui en tient en sa maison ou en son hostel sçait. Et portent leurs cheaux comme le furon, aucunes-fois plus ou moins. Et font leurs cheaux es fosses dessous les racines des arbres, près des rivières.

 

On les chasse aux Chiens par grand maistrise, ainsi que je dirai cy après. Et aussi les prent on es rivières, à cordelettes, comme on fait les lièvres aux filez, aux chausse-pieds, et autres engins. Elle a malle morsure et venimeuse : elle se deffend bien de à force des Chiens. Et quand elle est prinse es cordes ou es filez, se on n'y est tantost, elle les romp aux dents, et se délivre. Il n'est besoing de faire mention d'elle ne de sa nature : car sa chasse est ce que plus vaut, fors tant seulement qu'elle a les pieds comme une oye : car elle a peau d'un doigt à l'autre, et na nul talon, fors qu'elle ha une boucette dessous le pied, et appelle on les marches du Loutre, ainsi comme on appelle le pied du Cerf, et ses fumées fiante ou espraintes. Loutre ne demeure guieres en un lieu : car quand elle est, espouvente ou mange le poisson qui y est. Lors va elle aucunes-fois une lieuë en amont ou en aval, querant les poissons se elle n'est en estang.

 

 

GASTON PHOEBUS
Comment on doit prendre et chasser le Loutre



Quand le Veneur voudra chasser Loutre, il doit avoir Limiers, et doit faire aller quatre vallets en queste, deux à mont l'eau, et les autres deux à val l'eau, les uns d'une part de l'eau, et les autres de l'autre. Et s'il y a Loutre au pays les uns ou les auttes en rencontreront: car l'outre ne peut tousjours demeurer en l'eau qui ne saille hors, de la nuit, et pour soy vider et paistre de l'herbe, ce qui fait aucunes-fois. Et si son Chien encontre, il doit regarder s'il en pourra veoir par le pied ou en sablon, ou en autre mol terrin pres de l'eau. Et doit regarder ou tient la teste, ou en allant à mont et à val. Et s'il ne peut veoir par le pied il en devroit veoir par les fientes ou esprainctes, et le doit poursuivir de son Chien, ou le destourner ainsi qu'on faict un Cerf ou un Sanglier. Et s'il n'en peut trouver tantost ou encontrer, il peut aller en une lieuë courant à mont ou aval l'eau. Car un Loutre va bien querir ses mangeus demie lieuë, et volontiers et plus communément à mont l'eau, pource que l'eau qui vient aval porte le vent des poissons qui sont au dessous ou le nez au vent, pource que le vent luy apporte au nez l'assentement des poissons qui sont au-dessous du vent. Et si se doit faire l'assemblée pour la Loutre, ainsi comme pour le Cerf: car de toutes choses de quoy on va en queste se doit faire assemblée, et la doit faire chacun son rapport de ce qu'il aura trouvé en sa queste. Et quand aura veu et devisé et dejeuné ses Chiens, celuy qui aura destourné ou en aura encontré, il doit faire laisser aller ses Chiens ainsi comme deux traicts d'arc, avant qu'il soit là où il en aura encontré, à fin que ses Chiens se soient vuidez. Et aussi quand Chiens portent des couples ils courent çà et là, si vaut mieux qu'ils aient faict leurs follies avant qu'ils soient au Loutres, et se faisoient vider, que s'ils descouploient sus les routes et alloient folliant. Et quand les Chiens en assentiront, ils iront querant les rives de l'eauë. Et le valet du Limier et des autres doivent tousjours querir par les rives et racines pres de l'eau, jusques à tant que l'un des Chiens le trouvent. Et doivent estre deux ou trois valets à mont l'eau, où le valet en aura encontré, et autant aval l'eau sus les gens en lieu où il aura plus petite eau. Et doit avoir chascun son baston fourchié, et faire devant à l'eur guise. Et quand il verra venir devant la Loutre, qui viendra par dessous l'eau, il doit faire, si peut, et sinon quand il aura passé ou en à mont ou en aval, il doit courre par la riviere, jusques à un autre lieu où il y a basse eau et le doit attendre, pour veoir autres-fois s'il pourra ferir, et ainsi doit faire tant de fois, jusques à temps que le fiere. Car si les Ciens sont bons pour la loutre, viendront tousjours chassant apres. Et pource qu'ils ne pourront assentir en l'eau, viendront tousjours chantant et querant apres les rives dessous les racines, et ainsi ne pourra il estre que les chiens ne le prennent, ou que les gens ne le fierent. Et c'est très-belle chasse et bonne et bon deduit, quand les Chiens sont bons, et les rivieres sont petites. Et si les rivieres sont grosses, ou c'est un vivier ou un estang, on doit avoir des fiels qui attaignent d'une rive à l'autre, emplommer dessous, et non pas dessus, à fin que le filé aille au fons de l'eau. Et deux hommes doivent tenir le bout à deux mains, un de l'une part de la rive, et l'autre de l'autre, et quand la Loutre qui viendra dessus l'eau cuidera passer, il s'en viendra bouter au fillé, et ils sentiront branler le bout de la corde qui tendront s'ils doivent tirer leur fillé. Et ainsi sera la Loutre prinse plus tost. Les Chiens qui sont bons pour la Loutre, et on les met au Cerf, mais qu'ils ne soient trop vieux, sont merveilleusement bons.

 

 

LA MAISON RUSTIQUE
 Distinction de ce qui est chair ou poisson.



On met au rang des poissons et des aliments maigres non seulement tout ce qui est de l'élément des poissons, comme moules, huîtres et écrevisses mais encore les loutres, castors et généralement tout animal qui approche plus et qui tient davantage de la nature des poissons, que de celle des animaux terrestres ou aériens. En 1696, il y eut une contestation célèbre pour savoir s'il est permis de manger comme aliments maigres, les macreuses, les pilets, qu'on nomme autrement pieffins ou plumarts à col rouge, les blairies, et quantité d'autres oiseaux marins que les pauvres gens qu'on appelle Marriers, vont prendre le long de la mer et dans les mares construites exprès aux environs et à l'embouchure des rivières, d'où les Chasses-marées transportent ces amphibies à Paris et aux autres grandes Villes: il a été décidé qu'ils sont aliments maigres.
L'auteur du Traité des Aliments de Carême y a rapporté avec son élégance et sa solidité ordinaires, l'histoire, les expériences et les raisons de cette décision.
Pour juger si un amphibie est plutôt chair que poisson, ou s'il tient plus du poisson que de la chair, il ne faut point s'arrêter ni à la chaleur, à l'abondance ou à la rougeur du sang, ni au poil ou au plumage, au cri ni au vol, à la figure extérieure de l'animal, ni même à la couleur de sa chair, puisque tout cela est trompeur et commun à bien des poissons, ainsi qu'à beaucoup d'animaux terrestres; mais c'est au goût de la chair, et principalement à la saveur et à la qualité de la graisse de l'amphibie qu'on doit prendre garde: la graisse est une vraie substance adipeuse dans les animaux qui ne sont pas poisson, ou qui ne tiennent pas de la nature du poisson; au lieu que la graisse de tous les poissons n'est qu'une huile; ils en rendent tous et en quantité: il n'y a qu'à faire rôtir tel poisson qu'on voudra, et le manger tout chaud sans sauce, pour y sentir la saveur de l'huile: d'où il suit que tous les oiseaux de mer dont la chair est huileuse comme celle des poissons, approchent plus du poisson que de la viande.
Ainsi, conclut l'auteur qu'on vient de citer, tout animal qui est de même élément, ou de même goût et même saveur que les poissons, ou enfin de même sang froid que la plupart de ces animaux, se peut manger les jours maigres comme le poisson; tout autre est défendu. Il fait voir par l'application de cette règle, pourquoi la chair de castor, de loutre, de tortue même de terre, de macreuses, pilets et blairies, est permise en Carême, de même que celle des limaçons, sauterelles, vipères, grenouilles, etc... quoique celle de la poule d'eau, du rouge et de la sarcelle, ne le soit point.
Les Scrupuleux et les Curieux qui voudront en savoir davantage sur cette matière, auront recours au Traité qu'on vient d'indiquer.


LA MAISON RUSTIQUE
Des ennemis de l'Etang



Le loutre, lutra, est un quadrupède amphibie, gros comme un gros chat, couvert de gros poils courts couleur de châtaigne: sa tête ressemble un peu à celle du chien, ses oreilles sont petites, ses pattes courtes; sa queue est oblongue, garnie de poils. Il habite le long des bords des lacs, des rivières et des étangs, et il fait ses catiches, cavernes ou retraites sous les crônes au bas desquelles se retirent ordinairement les poissons, dont il fait un très grand dégât, par la quantité qu'il en dévore avec une avidité extraordinaire jusqu'à ce qu'il en soit rassasié, et il en emporte dans sa caverne, où ils causent une puanteur insupportable. Cet animal vit encore de racines, d'écorces d'arbres, de fruits, et d'herbes.
La destruction du loutre est importante pour la conservation du poisson. Quand on aperçoit le long des bords de l'eau des endroits battus par les empreintes des pieds du loutre, soit sur le sable ou sur la vase, ou bien lorsqu'on voit des endroits où il a coutume de manger le poisson qu'il attrape, ce qui se remarque par les arrêtes et les écailles qui y restent, il fait très bon mettre dans ces sortes d'endroits un piège de fer appelé traquenard, que l'on tend dans la rivière au passage du loutre sous des crônes, et qu'on recouvre de vase le plus adroitement que l'on peut, afin que l'animal ne se méfie point: on attache une pierre au bout de la chaîne, et lorsque le loutre va à la pêche, et qu'il passe sous les crônes, il se trouve pris au piège dès qu'il y a marché; et dans le moment qu'il se sent pris, il fait un saut dans la rivière, et entraîne avec lui le piège et la pierre qui est attachée au bout de la chaîne: comme leur poids empêche le loutre de remonter sur l'eau pour reprendre haleine, il se noie bien vite, et avec un croc on retire au bord le piège et l'animal qui y est attaché. On peut en tendre des deux côtés de la rivière, pour qu'il soit plutôt pris.
Comme le loutre digère promptement, et qu'il se vide de même, s'il rencontre sur le bord du rivage une place où il y ait par hasard une pierre blanche, soit de craie, de plâtre, ou quelqu'autre chose semblable, par un instinct particulier il ne manque jamais d'aller toujours fienter dessus; ainsi on est sûr de le tuer à l'affût pendant la nuit: ou bien on le prend en environnant cet endroit de traquenards. On peut aussi y tendre un hausse-pied.
Tout le secret pour réussir consiste à éventer le piège; ce qui se pratique ainsi. On prend un héron mâle, on l'écorche, on ôte les jambes et le bec, on hache le reste menu, qu'on met dans une bouteille bien bouchée avec un bouchon de liège: on met cette bouteille dans du nouveau fumier de cheval pendant six semaines ou deux mois; le héron à force de fermenter se convertit en huile; on frotte le piège de cette huile, ce qui l'évente de manière que le loutre n'a aucune défiance.
Cet animal craint extrêmement le feu, à ce qu'on prétend, et s'il en aperçoit sur l'étang il fuit au loin. Sa retraite ordinaire est sur les joncs ou touffes de roseaux, s'il en trouve dans l'étang. Il se plaît aussi sur les miternes ou petites îles s'il y en a, sinon il se met aux environs de l'étang, dans les saules creux ou autres arbres, et souvent même s'il y a place sur la tige: c'est pourquoi il faut avoir soin d'examiner tous les arbres qui se rencontrent autour des étangs, pour le surprendre; et quoiqu'on l'ait manqué une fois, on ne doit pas pour cela désespérer de l'y retrouver. On dit que cet animal s'apprivoise aisément, et que quand il a été instruit il se jette dans l'eau à un certain signal, y poursuit les poissons, et les oblige à se réfugier en grande quantité dans les rets qu'on y a tendus pour les prendre.
Personne n'ignore que la peau de loutre, après avoir été bien passée et bien préparée, s'emploie en différentes espèces de fourrures. Quant à sa chair elle est dure et coriace, et c'est une mauvaise nourriture: elle a l'odeur et le goût du poisson, et on la mange comme telle, même dans les Maisons Religieuses et en Carême: cependant il est certain que cet animal ne peut durer longtemps dans le profond de l'eau, et qu'il faut qu'il respire l'air: cela est si vrai, que se trouvant pris dans les truaux ou nasses au fond de l'eau il se noie facilement; ce qui me persuade qu'il n'est point si poisson qu'on le dit: quoiqu'il l'aime fort, il ne laisse pas de manger aussi des canards, sarcelles, morelles, racannettes et autres: il va plus vite dans l'eau que toutes sortes de poissons, mais sur terre les chiens le joignent facilement: il a des dents très mauvaises et se sont des défenses dont il se sert contre eux valeureusement: il a la vie et la peau fort dures; mais s'il est blessé, se jetant dans l'eau il perd son sang et n'en échappe pas.
 

 

BUFFON
La loutre



La loutre est un animal vorace, plus avide de poisson que de chair, qui ne quitte guère le bord des rivières ou des lacs, et qui dépeuple quelquefois les étangs. Elle a plus de facilité qu'un autre pour nager, plus même que le castor; car il n'a des membranes qu'aux pieds de derrière, et il a les doigts séparés dans les pieds de devant, tandis que la loutre a des membranes à tous les pieds: elle nage presque aussi vite qu'elle marche. Elle ne va point à la mer comme le castor, mais elle parcourt les eaux douces, et remonte ou descend les rivières à des distances considérables: souvent elle nage entre deux eaux, et y demeure assez longtemps; elle vient ensuite à la surface, afin de respirer. A parler exactement, elle n'est point animal amphibie, c'est-à-dire animal qui peut vivre également et dans l'air et dans l'eau; elle n'est pas conformée pour demeurer dans ce dernier élément, et elle a besoin de respirer, à peu près comme tous les autres animaux terrestres: si même il arrive qu'elle s'engage dans une nasse à la poursuite d'un poisson, on la trouve noyée, et l'on voit qu'elle n'a pas eu le temps d'en couper tous les osiers pour en sortir. Elle a les dents comme la fouine, mais plus grosses et plus fortes relativement au volume de son corps. Faute de poissons, d'écrevisses, de grenouilles, de rats d'eau, ou d'autre nourriture, elle coupe les jeunes rameaux, et mange l'écorce des arbres aquatiques: elle mange aussi de l'herbe nouvelle au printemps; elle ne craint pas plus le froid que l'humidité. Elle devient en chaleur en hiver, et met bas au mois de mars: on m'a souvent apporté des petits au commencement d'avril; les portées sont de trois ou quatre. Ordinairement les jeunes animaux sont jolis: les jeunes loutres sont plus laides que les vieilles. La tête mal faite, les oreilles placées bas, des yeux trop petits et couverts, l'air obscur, les mouvements gauches, toute la figure ignoble, informe, un cri qui paraît machinal et qu'elles répètent à tout moment, sembleraient annoncer un animal stupide; cependant la loutre devient industrieuse avec l'âge, au moins assez pour faire la guerre avec grand avantage aux poissons, qui pour l'instinct et le sentiment sont très inférieurs aux autres animaux: mais j'ai grand'peine à croire qu'elle ait, je ne dis pas les talents du castor, mais même les habitudes qu'on lui suppose, comme celle de commencer toujours par remonter les rivières, afin de revenir plus aisément et de n'avoir plus (1)  qu'à se laisser entraîner au fil de l'eau lorsqu'elle s'est rassasiée ou chargée de proie; celle d'approprier son domicile et d'y faire un plancher, pour n'être point incommodée de l'humidité; celle d'y faire une ample provision de poisson, afin de n'en pas manquer; et enfin la docilité et la facilité de s'apprivoiser au point de pêcher pour son maître, et d'apporter le poisson jusque dans la cuisine. Tout ce que je sais, c'est que les loutres ne creusent point leur domicile elles-mêmes; qu'elles se gîtent dans le premier trou qui se présente, sous les racines des peupliers, des saules, dans les fentes des rochers, et même dans les piles de bois à flotter; qu'elles y font aussi leurs petits sur un lit fait de bûchettes et d'herbes; que l'on trouve dans leur gîte des têtes et des arêtes de poisson; qu'elles changent souvent de lieu; qu'elles emmènent ou dispersent leurs petits au bout de six semaines ou de deux mois; que ceux que j'ai voulu priver cherchaient à mordre, même en prenant du lait, et avant que d'être assez forts pour mâcher du poisson; qu'au bout de quelques jours ils devenaient plus doux, peut-être parce qu'ils étaient malades et faibles; que, loin de s'accoutumer aisément à la vie domestique, tous ceux que j'ai essayé de faire élever sont morts dans le premier âge; qu'enfin la loutre est, de son naturel, sauvage et cruelle; que, quand elle peut entrer dans un vivier, elle y fait ce que le putois fait dans un poulailler; qu'elle tue beaucoup plus de poissons qu'elle ne peut en manger, et qu'ensuite elle en emporte un dans sa gueule.
Le poil de la loutre ne mue guère: sa peau d'hiver est cependant plus brune et se vend plus cher que celle d'été; elle fait une très bonne fourrure. Sa chair se mange en maigre, et a en effet un mauvais goût de poisson, ou plutôt de marais. Sa retraite est infectée de la mauvaise odeur des débris du poisson qu'elle y laisse pourrir; elle sent elle-même assez mauvais. Les chiens la chassent volontiers et l'atteignent aisément, lorsqu'elle est éloignée de son gîte et de l'eau; mais quand ils la saisissent, elle se défend, les mord cruellement, et quelquefois avec tant de force et d'acharnement, qu'elle leur brise les os des jambes, et qu'il faut la tuer pour la faire démordre. Le castor cependant, qui n'est pas un animal bien fort, chasse la loutre, et ne lui permet pas d'habiter sur les bords qu'il fréquente.
 

Cette espèce, sans être en très grand nombre, est généralement répandue en Europe, depuis la Suède jusqu'à Naples, et se retrouve dans l'Amérique septentrionale (2) ; elle était bien connue des Grecs, et se trouve vraisemblablement dans tous les climats tempérés, surtout dans les lieux où il y a beaucoup d'eau; car la loutre ne peut habiter ni les sables brûlants, ni les déserts arides; elle fuit également les rivières stériles et les fleuves trop fréquentés.
 

Je ne crois pas qu'elle se trouve dans les pays très chauds; car le jiya ou carigueibeju, qu'on a appelé loutre du Brésil, et qui se trouve aussi à Cayenne (2) , paraît être d'une espèce voisine, mais différente: au lieu que la loutre de l'Amérique septentrionale ressemble en tout à celle d'Europe, si ce n'est que la fourrure est encore plus noire et plus belle que celle de la loutre de Suède ou de Moscovie.

 


BUFFON
Première addition à l'article de la loutre.



Pontoppidan assure qu'en Norwége la loutre se trouve également autour des eaux salées comme autour des eaux douces; qu'elle établit sa demeure dans des monceaux de pierres, d'où les chasseurs la font sortir en imitant sa voix au moyen d'un petit sifflet: il ajoute qu'elle ne mange que les parties grasses du poisson, et qu'une loutre apprivoisée, à laquelle on donnait tous les jours un peu de lait, rapportait continuellement du poisson à la maison (4) .

 


BUFFON
Deuxième addition à l'article de la loutre.



Nous avons dit que le loutre ne paraissait pas susceptible d'éducation, et que nous n'avions pu réussir à l'apprivoiser; mais des tentatives sans succès ne démontrent rien, et nous avons souvent reconnu qu'il ne fallait pas trop restreindre le pouvoir de l'éducation sur les animaux: ceux mêmes qui semblent le plus s'y refuser cèdent néanmoins et s'y soumettent dans certaines circonstances; le tout est de rencontrer ces circonstances favorables et de trouver le point flexible de leur naturel, d'y appuyer ensuite assez pour former une première habitude de nécessité ou de besoin, qui bientôt s'assujettit toutes les autres. L'éducation de la loutre dont on va parler en est un exemple. Voici ce que M. le marquis de Courtivron, mon confrère à l'Académie des Sciences, a bien voulu m'écrire en date du 15 octobre 1779, sur une loutre très privée et très docile qu'il a vue à Autun:


«Vous autorisez, Monsieur, ceux qui ont quelques observations sur les animaux à vous les communiquer, même quand elles ne sont pas absolument conformes à ce qui peut paraître avoir été votre première opinion. En relisant l'article de la loutre, j'ai vu que vous doutez de la facilité qu'on aurait d'apprivoiser cet animal. Dans ce que je vais vous dire, je ne vous rapporterai rien que je n'aie vu, et que mille personnes n'aient vu comme moi, à l'abbaye de Saint-Jean-le-Grand, à Autun, dans les années 1775 et 1776; j'ai vu, dis-je, pendant l'espace de près de deux ans, à différentes fois, une loutre femelle qui avait été apportée peu de temps après sa naissance dans ce couvent, et que les tourières s'étaient plu à élever; elles l'avaient nourrie de lait jusqu'à deux mois d'âge, qu'elles commencèrent à accoutumer cette jeune loutre à toutes sortes d'aliments; elle mangeait des restes de soupe, de petits fruits, des racines, des légumes, de la viande et du poisson; mais elle ne voulait point de poisson cuit, et elle ne mangeait le poisson cru que lorsqu'il était de la plus grande fraîcheur: s'il avait plus d'un jour, elle n'y touchait pas. J'essayai de lui donner de petites carpes, elle mangeait celles qui étaient vives; et pour les mortes, elle les visitait en ouvrant l'ouïe avec sa patte, la flairait et le plus souvent les laissait, même quand on les lui présentait avant de lui en donner de vives. Cette loutre était privée comme un chien; elle répondait au nom de loup-loup que lui avaient donné les tourières; elle les suivait et je l'ai vue revenir à leur voix du bout d'une vaste cour où elle se promenait en liberté, et, quoique étranger, je m'en faisais suivre en l'appelant par son nom. Elle était familiarisée avec le chat des tourières, avec lequel elle avait été élevée, et jouait avec le chien du jardinier, qu'elle avait aussi connu de bonne heure: pour tous les autres chiens et chats, quand ils approchaient d'elle, elle les battait. Un jour j'avais un petit épagneul avec moi; elle ne lui dit rien d'abord; mais le chien ayant été la flairer, elle lui donna vingt soufflets avec ses pattes de devant, comme les chats ont coutume de faire lorsqu'ils attaquent de petits chiens, et le poursuivit à coups de nez et de tête jusqu'entre mes jambes; et depuis, toutes les fois qu'elle le vit, elle le poursuivit de même. Tant que les chiens ne se défendaient pas, elle ne se servait pas de ses dents; mais si le chien faisait tête et voulait mordre, alors le combat devenait à outrance; et j'ai vu des chiens assez gros, déchirés et bien mordus, prendre le parti de la fuite.


«Cette loutre habitait la chambre des tourières, et la nuit elle couchait sur leur lit: le jour elle se tenait ordinairement sur une chaise de paille où elle dormait couchée en rond; et quand la fantaisie lui en prenait, elle allait se mettre la tête et les pattes de devant dans un seau d'eau qui était à son usage; ensuite elle se secouait et venait se remettre sur sa chaise, ou allait se promener dans la cour ou dans la maison extérieure. Je l'ai vue plusieurs fois couchée au soleil; alors elle fermait les yeux: je l'ai portée, maniée, prise par les pattes et flattée; elle jouait avec mes mains, les mordait insensiblement, et faisait petites dents, si cela peut se dire, comme on dit que les chats font patte de velours. Je la menai un jour auprès d'une petite flaque d'eau, où la rivière d'Aroux en laisse lorsqu'elle est débordée: ce qui vous paraîtra surprenant, et ce qui m'étonnait aussi, c'est qu'elle parut craindre de voir de l'eau en si grand volume; elle n'y entra pas, passé le bord où elle se mouilla la tête comme dans le seau; je la fis jeter à quelques pas dans l'eau; elle regagna le bord bien vite avec une sorte d'effroi, et nous suivit, très contente de retrouver ses tourières. Si on peut raisonner d'après un seul fait et un seul individu, la nature paraît n'avoir pas donné à cet animal le même instinct qu'aux canards, qui barbottent aussitôt qu'ils sont éclos, en sortant de dessous une poule.


«Cette loutre était très malpropre: le besoin de se vider paraissait lui prendre subitement, et elle se satisfaisait de même quelque part qu'elle fût, excepté sur les meubles, mais à terre et dans la chambre comme ailleurs; les tourières n'avaient jamais pu, même par des corrections, l'accoutumer à aller, pour ses besoins, à la cour, qui était peu éloignée; dès qu'elle s'était vidée, elle venait flairer ses excréments, ainsi que les chats, et faisait un petit saut d'allégresse ensuite, comme satisfaite de s'être débarrassée de ce poids.»


«J'ai souvent eu l'occasion de voir cette loutre, parce que je ne passais point à Autun sans aller à l'abbaye de Saint-Jean-le-Grand, où Madame de Courtivron avait une tante; et j'ai dîné dix fois avec la loutre qui était de très bonne compagnie. On me l'offrit: je l'aurais acceptée pour la mettre enchaînée sur le fossé de ma maison à Courtivron, où elle aurait eu l'occasion de se marier, si je n'avais reconnu la difficulté de l'enchaîner, à cause que le cou de cet animal est presque du même diamètre de sa tête et son corps; je pensai qu'elle pourrait s'échapper, et multiplier chez moi les loutres qui n'y sont que trop communes»


«Je me reproche de m'être si fort étendu sur cet article des loutres, comme susceptibles d'être bien apprivoisées; mais j'ai cru devoir vous donner un exemple de ce que j'ai vu dans notre Bourgogne: ainsi, sans recourir aux exemples de Danemarck et de Suède, s'ils existent tels que le P.Vanière, dans son poème du Praedium rusticum, les a célébrés, voilà des choses sur lesquelles vous pouvez compter, et il n'y a rien de poétique dans ce que je vous dis.»

 


BUFFON : EXTRAIT DE DAUBENTON
Description de la loutre.



Le corps de la loutre est à peu près aussi long et aussi gros que celui du blaireau; mais les jambes de la loutre sont beaucoup plus courtes. Cet animal a la tête plate, le museau fort large et la mâchoire du dessous plus étroite et moins longue que celle du dessus; le cou est court, et si gros qu'il semble faire partie de la tête; le corps est fort allongé, les jambes sont très courtes, et la queue est grosse à l'origine, et pointue à l'extrémité. Il y a de chaque côté du museau des moustaches composées de gros crins blancs et bruns; il y en a d'autres au dessous de la mâchoire inférieure: au-delà des coins de la bouche et près de l'angle postérieur des yeux; les plus longs de ces crins ont près de trois pouces.


La loutre a deux sortes de poils, les uns plus longs et plus fermes que les autres, qui sont une sorte de duvet soyeux de couleur grise blanchâtre sur la plus grande partie de sa longueur, et brune à la pointe. Les poils les plus longs sont gris blanchâtres sur la moitié de leur longueur depuis la racine, et de couleur brune très luisante dans le reste de leur étendue jusqu'à la pointe: le brillant de ces poils efface le brun, lorsqu'ils sont opposés au jour; mais le brun paraît seul sous les autres aspects sur toute la partie supérieure de cet animal, depuis le bout du museau jusqu'à la queue, sur la face extérieure des jambes et sur la face supérieure de la queue. Les côtés de la tête, la mâchoire inférieure, la gorge, le dessous et les côtés du cou, la poitrine, le ventre, les aisselles, les aines, la face intérieure des jambes, sont de couleur blanchâtre et luisante, parce que les longs poils ont cette couleur depuis la racine jusqu'à la pointe: le poil des pieds est fort court et de couleur brune, mêlée d'une légère teinte roussâtre; le dessus de la tête et le bout de la queue sont de couleur brune foncée, et même noirâtre; les plus longs poils du corps ont quatorze lignes. Les doigts tiennent les uns aux autres par une forte membrane, qui est plus longue dans les pieds de derrière que dans ceux de devant, parce que les doigts des pieds de derrière sont les plus longs; il y en a cinq dans chaque pied: les doigts des pieds de devant et le pouce des pieds de derrière ont de petits ongles crochus; ceux des quatre autres doigts des pieds de derrière sont les plus larges.

 


Ouvrage épuisé !

 

 

- SIR JOHN

Setting thy womanhood aside, thou art a beast to say otherwise.

- HOSTESS

Say, what beast, thou knave, thou?

- SIR JOHN

What beast ? Why, an otter.

- PRINCE HARRY

An otter, Sir John? Why an otter ?

- SIR JOHN

Why ? She's neither fish nor flesh ; a man knows not where to have her.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Elle mange poissons, et demeure environ les rivières et estangs.

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle a malle morsure et venimeuse

 

 

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De toute choses de quoy on va en queste se doit faire assemblée.

 

 

 

 

 

 

 

Et c'est très-belle chasse et bonne et bon deduit.

 

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Quantités d'autres oiseaux marins que les pauvres gens vont prendre le long de la mer

 

Pour juger si un amphibie est plutôt chair que poisson

 

 

 

 

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Il en emporte dans sa caverne où il cause une puanteur insupportable

 

 

 

 

 

 

 

 

On prend un héron mâle, on l'écorche, on ôte les jambes et le bec.

 

 

 

 

 

 

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Elle nage presque aussi vite qu'elle marche

 

 

Elle a besoin de respirer à peu près comme tous les autres animaux terrestres

 

 

Les mouvements gauches, toute la figure ignoble, informe

(1) - Vide Gessner. Hist. Quadr., P. 685, ex. Alberto, Belloni, Sa cligero, Olao magno, etc. 

 

Les loutres ne creusent point leurs domiciles elles-mêmes.

 

 

 

Sa chair se mange en maigre

 

 

Cette espèce est généralement répandue en Europe

(2) - Voyez le voyage de la Hontan, tome II, page 38.

(3) Lutra nigricans, cauda depressa et glabra. Barrère, Hist. de la France équinoxiale, page 155.

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Les chasseurs la font sortir en imitant sa voix au moyen d'un petit siflet

(4) - Histoire naturelle de la Norwège, par Pontoppidan ; Journal étranger, Juin 1756.

 

 

 

 

 

 

 

Elles commencèrent à accoutumer cette loutre à toutes sortes d'aliments

 

 

Cette loutre était privée comme un chien

 

 

 

 

 

Le jour elle se tenait ordinairement sur une chaise de paille

 

Je la fis jeter à quelques pas dans l'eau; elle regagna le bord bien vite avec une sorte d'effroi

 

Elle venait flairer ses excréments, ainsi que les chats, et faisait un petit saut d'allégresse ensuite

 

 

 

 

 

 

 

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Le cou est court, et si gros qu'il semble faire partie de la tête

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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© Alain Bertrand, Conservatoire Régional des Espaces Naturels de Midi-Pyrénées, 2007