Découvrir le desman des Pyrénées,

Curieux petit mammifère semi-aquatique

 




Fèces et autres indices de présence

 

Description des fèces de desman


Les fèces ont généralement la forme de petits tortillons dont la longueur est de 10 à 15 mm (exceptionnellement 30) et la largeur de 4 à 8 mm. A l’état frais, leur couleur varie du vert très foncé au noir et elles présentent presque toujours un aspect huileux.
L’odeur des fèces fraîches est une odeur musquée, presque agréable et qui évoque très sensiblement l’odeur des épreintes de la loutre. Sur le terrain elle disparaît après quelques jours et elle devient très rapidement nauséabonde pour les échantillons conservés dans des tubes.
L’aspect huileux, ainsi que l’odeur de musc doivent correspondre aux sécrétions des glandes anales et sous-caudales pour lesquelles les fèces servent de support.
En séchant, les fèces deviennent grisâtres et se désagrègent facilement. Leur aspect extérieur se modifie sensiblement et elles semblent alors composées de petits segments sphériques.
La durée de vie de ces fèces n’est pas connue avec précision, toutefois par temps sec ou bien sur des sites protégés des intempéries, elle peut dépasser un mois.
Risques de confusion: ? priori, à l’état frais il est impossible de confondre les fèces du desman avec celles d’autres espèces. Il n’en est pas de même pour des fèces anciennes, qui deviennent rapidement inodores et perdent leur aspect luisant. Il est alors possible de les confondre avec celles d’oiseaux, en particulier du cincle plongeur, notamment lorsque celles-ci sont débarrassées de la substance blanchâtre qui les entoure à l’état frais. Dans ce cas, seul un examen microscopique peut permettre une identification certaine grâce à la présence de poils (ou de plumes). La confusion est également possible avec les excréments de mollusques escargots et limaces! mais le doute peut être très rapidement levé par un examen sommaire, en effet ces animaux sont herbivores.

 

 

 


Site de dépôt de fèces et fèces de desman - Arac, Massat, Ariège octobre 2007



Fèces de desman Arac, Massat, Ariège octobre 2007 Echelle 10 mm


 


Arac, Massat, Ariège septembre 2008 Echelle 10 mm


 

Modalités du dépôt des fèces


Les fèces, sauf exception, sont déposées sur des rochers, ou morceaux de bois émergeant du cours d’eau ; dans les cours d’eau encombrés de gros blocs, elles sont presque toujours déposées dans les cavités formées par ceux-ci. Le dépôt sur les berges est exceptionnel et ne semble concerner que des entrées de cavités fréquentées par l’espèce. La hauteur par rapport au niveau de l’eau reste en général très faible (< à 10 cm). Elles sont ainsi aisément détruites par des crues même de faible amplitude. Dans la presque totalité des observations, les supports utilisés pour le dépôt des fèces sont accessibles par l’aval. En été et en automne, lors de la période de baisse des eaux et d’étiage, les sites les plus élevés sont abandonnés pour des sites plus bas. Ainsi en octobre 1987, j'ai pu observer sur les trois traverses horizontales d’une palette (type matériaux de construction) bloquée entre des rochers, trois amas de fèces d’âge différent.


La figure ci-après reprend le nombre de fèces et le nombre de sites de dépôt notés de novembre 1986 à octobre 1987 sur un tronçon de 250 m d’une rivière d’Ariège (la Bouigane). On note de novembre à avril une chute du nombre de fèces et du nombre de sites de dépôt; ainsi le 21 avril, un seul site est marqué, mais en fait, c’est le seul site qui ne soit pas immergé par la crue de fonte des neiges. Il est évident, que les variations du débit du cours d’eau masquent partiellement le phénomène et que seule une augmentation sensible de la fréquence des relevés permettrait de disposer d’informations suffisantes. De mai, mois pour lequel le nombre de sites et de fèces sont maximum, à octobre on note une nette diminution de l’intensité du marquage, alors que pour cette période, la baisse de la hauteur de l’eau libère régulièrement de nouveaux sites potentiels de marquage et ne vient pas masquer le phénomène.

Le secteur étudié ci-dessus est l’exemple type de secteur où le dépôt de fèces est très important, bien que présentant des variations saisonnières notables.
Ce site a également fait l’objet d’un suivi régulier (données non présentées) jusqu’en décembre 1988 puis irrégulier jusqu’en 1992 et je n'ai pas noté de variations inter annuelles sensibles de l’importance du dépôt et de la localisation des sites.
Il semble exister une fidélité forte aux sites de dépôt ; quelques sites de marquages sur  la Bouigane connu depuis 1985 étaient encore marqués en juillet 2006 !


Pour une analyse spatiale du dépôt de fèces sur le même site que ci-dessus, j'ai arbitrairement découpé le secteur en tronçons de 25 m numérotés de 1 à 9 d’amont en aval.
En décembre, le marquage est noté sur 7 des 9 tronçons avec deux maximum pour les 5 et 9.
De janvier à mai, l’activité de marquage se concentre dans le tronçon 1. En fait, en raison du niveau d’eau élevé, c’est le seul tronçon qui a toujours présenté au moins un site de marquage non inondé De juin à octobre, les fèces sont réparties sur l’ensemble des tronçons, mais trois secteurs 1, 5-6 et 8-9 sont particulièrement utilisés.
En novembre, on retrouve un schéma proche de décembre ou avril et qui correspond à une remontée du niveau de l’eau.
Pour les 12 mois, 4 tronçons, 1, 5-6 et 9 reçoivent près de 75% du total des fèces; on notera que c’est également dans les secteurs 1, 6 et 9 que tous les amas ont été observés.

 

Sécrétions muqueuses


Des sécrétions de deux types ont été notées. Les premières, d’aspect huileux et vert foncé ou noir à forte odeur de musc, proviennent très certainement des glandes anales et/ou sous caudales. Leur dépôt n’a pas été étudié en détail. Il semble qu’elles soient beaucoup plus fréquentes dans les secteurs de fort dépôt de fèces, notamment à proximité des crottiers ; toutefois, elles sont particulièrement difficiles à localiser lorsqu’elles ne sont pas associées à des fèces, à moins de renifler systématiquement toutes les pierres.
Les secondes sont constituées de petit bouchons blanchâtres ou jaunâtres et provenant très certainement des femelles au moment de l’oestrus. Comme pour les précédentes, elles n’ont pas été étudiées.

 

Traces de pas


A ma connaissance il n'a jamais été découvert ou décrit de traces de pas identifiables du desman. Celles publiées dont j'ai connaissance ont été obtenues par moulage de pattes de cadavre.

A cela une raison importante, au sol, le desman marche sur "la pointe des ongles" !

 

Autres indices


Pour avoir observé le desman fouiller dans un banc de sable et de gravier après avoir été relâché du piège, j'ai pu observer les traces laissées par l'animal.

Toutefois, aucune caractéristique spécifique ne m'a semblé exister et il me semble impossible de différencier ces fouilles de celles de rongeurs comme le rat surmulot ou le campagnol amphibie.

 

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